Les Sept Femmes de Barberousse - Film (1954)

Les Sept Femmes de Barberousse - Film (1954)

Film de Stanley Donen Comédie musicale, romance et western 1 h 42 min 22 juillet 1954

Avec Howard Keel, Jane Powell, Jeff Richards

Oregon, 1850. Adam Pitipee, un rude bûcheron, descend de sa montagne pour faire ses achats et trouver chaussure à son pied. Il remarque la vigoureuse et énergique Milly et lui demande illico de l'épouser. Elle accepte et Adam l'emmène vers les sommets. Mais en arrivant, elle constate avec surprise...

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Ce film est quasiment une étrangeté dans le petit monde de la comédie musicale, une bizarrerie dans la filmographie d'un réalisateur consciencieux et brillant, une anomalie qui met à mal toutes les théories existantes qui tentent d'expliquer comment on peut faire un film à la fois bon et rentable. Comme si une recette miracle existait, tiens ! De par son sujet et sa forme, "Seven Brides For Seven Brothers" est un film qui semble être daté, ringard et dépassé avant même sa sortie en 1954, une œuvre plate, simpliste qui aurait sans doute dû tomber dans l'oubli le plus profond. Et pourtant ce film, qui n'a pas grand-chose pour lui, va devenir l'une des plus remarquables comédies musicales jamais produite ; un coup de chance ou un petit miracle me direz-vous ! Oui, peut-être...ou un coup de génie de la part d'un Stanley Donen visionnaire et fort inspiré !

Le speech annonce plus la petite série b que le chef-d'œuvre du septième d'art. Perdu au beau milieu de sa cambrousse, Adam, archétype même du bûcheron rustre et robuste, vit paisiblement mais s'enquiquine fortement. Alors un jour en se rendant vers la civilisation pour y faire quelques emplettes et un peu de shopping, notre bonhomme se dit que ça serait plutôt sympa de dégoter une p'tite donzelle rien que pour lui, une jolie et douce jeune femme qui viendrait lui tenir chaud au fond de sa caverne et qui en profiterait pour lui concocter de délicieux petits plats, lui aménager sa tanière et lui repasser ses improbables chemises... Bah oui, tant qu'à faire ! Ça tombe bien, Cro-Magnon va rapidement rencontrer la délicieuse Milly et, entre eux deux, c'est le coup de foudre instantané ! La demoiselle va vite apprivoiser notre "homme des bois" et mettre à jour son cœur gros comme ça ! Nos deux tourtereaux se rendent gaiement chez Adam pour vivre leur amour au milieu des fleurs sauvages et des chants d'oiseaux ; si ce n'est pas mimi quand même ! Seulement, il y a un hic ! Adam avait oublié de préciser à sa dulcinée qu'il vivait avec ses nombreux frères, six exactement, et qu'ils sont encore plus rustres que lui. Et comme dirait l'éminent philosophe Brice, les hommes des cavernes, "c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes" ! Une seule solution pour Milly, trouver vite des épouses à ces hommes pour qu'ils puissent tous fonder un foyer et ainsi lui laisser un peu d'intimité, pour elle et son Adam. Si on ne trouve pas de jeunes filles disponibles, me direz-vous ? Eh bien, il suffit de les kidnapper pardi !

Vous avez compris l'histoire ne brille pas par sa finesse et sa subtilité, c'est un peu cucul et un peu niais mais pourtant ça marche du feu de dieu.

Stanley Donen a quand même révolutionné la comédie musicale, il l'a fait sortir des studios avec "On the Town", il y a incorporé (un peu) de réflexion et un regard critique avec "Singin' in the Rain", et pourtant notre homme n'a pas eu la confiance des studios pour réaliser pleinement son film. En effet les producteurs font la fine bouche devant le projet, diminuant le budget initial pour soutenir Minnelli et son "Brigadoon", obligeant ainsi Stanley à faire un film de fauché ! On oublie donc les tournages en extérieur, tout sera fait en studio avec de vieux décors en carton-pâte et des toiles peintes. Et là, à la place de se morfondre et de réaliser un petit film anodin que l'on oubliera rapidement, Donen s'investit pleinement dans le projet, tirant de ses défauts des qualités. Pas d'argent, pas de grands décors, pas de prestigieuses vedettes ; qu'importe, ce n'est pas ça qui fait un bon film et notamment une bonne comédie musicale. Du rythme, de la musique, de la danse, de l'énergie, de l'originalité, du spectacle, voilà ce que désire le public et Donen, l'ancien de Broadway, le sait très bien. Notre homme s'entoure de jeunes talents pour bâtir son film, Michael Kidd va mettre en place des chorégraphies originales et spectaculaires, les acteurs sont jeunes, beaux, bourrés d'entrain et d'énergie, la photo de George Folsey est resplendissante et utilise à merveille les capacités de l'Ansco Color. On assiste ainsi à un vrai feu d'artifice visuel, les couleurs envahissent merveilleusement bien l'écran, costumes et décors semblent magnifiquement surréalistes, un vrai plaisir pour les yeux ! Personnellement, j'aime beaucoup les passages sous la neige où la symbiose semble parfaite entre spectacle visuel et artistique.

"Seven Brides For Seven Brothers" échappe donc à son destin de film fauché et superficiel, grâce à Donen et à sa bande, le film est un condensé de bonne humeur, de dynamisme, de plaisir simple et sincère. Ce n'est pas un chef-d'œuvre, certes, mais c'est du beau et grand spectacle qui vous réchauffe le cœur et vous fait sentir bien au moins l'espace d'un instant. La vitalité et la virtuosité des numéros impressionnent, la sympathie des acteurs est contagieuse, la carte kitsch est parfaitement assumée et on en prend plein les mirettes ; c'est la comédie musicale qui revient à sa source, celle d'un spectacle bon enfant, simple et sans artifices.

"Seven Brides For Seven Brothers" est incontestablement un film fortement sympathique, pouvant séduire les amateurs du genre comme les novices, mais surtout il contient un moment de grâce, de plaisir pur et intense comme, peut-être, seul le cinéma peut nous en offrir, un passage d'environ quatorze minutes qui donne toute sa saveur à ce film et le rend inoubliable. Un passage mythique que je place très haut dans mon anthologie personnelle des scènes cultes du septième art, un moment incroyable qui vous donne envie de vous lever, de chanter, de danser et de faire des bisous à tout le monde ! Je fais bien sûre référence à la fameuse scène du pique-nique où le délire de Donen semble se concrétiser, la musique prend possession du film, on danse, on saute dans tous les sens, on réalise d'improbables acrobaties avant de se bourrer le pif dans la joie et la bonne humeur ! Quatorze minutes magnifiques qui viennent agrémenter un film plus qu'agréable, du pur bonheur je vous dis !